Le jeune auteur et metteur en scène Leonardo Manzan, deux fois lauréat de la Biennale du théâtre de Venise, revient au LAC avec une expérience incisive et stimulante sur le rôle de l’artiste: en s’exposant lui-même comme une œuvre d’art, il transforme le théâtre en salle de musée. Sur scène, un cabaret d’absurdités, de paradoxes et de provocations qui se transforme en une satire impitoyable de l’autocélébration.
Après avoir fait se rencontrer le théâtre avec le rap et le DJ set dans Cirano deve morire et avoir relu Faust pour interroger les vices du théâtre contemporain, Leonardo Manzan met en scène un vernissage qui s’ouvre sur une déclaration programmatique: « Toute œuvre d’art pourrait s’intituler autoportrait ». C’est pourquoi il accueille le public debout sur un piédestal: « Bienvenue. C’est un véritable honneur d’être ici », dit-il – sous-entendu: pour vous.
Il en résulte un spectacle qui démasque les clichés de l’art contemporain et transforme l’autofiction en une parodie féroce. Une réflexion sur le culte de soi en l’absence de soi, sur le drame de celui qui dit « je » sans trouver personne pour lui répondre « tu », sur la médiocrité qui s’autocélèbre jusqu’à devenir un système.
Avec une ironie tranchante et provocatrice, Manzan tente de rétablir le principe de l’exceptionnalité de l’artiste, s’opposant à l’idée d’une démocratie de l’art. Car il y a peut-être une raison pour laquelle il est sur le piédestal et pas vous. Une invitation aux artistes à reprendre la scène avec arrogance, pour tuer le véritable protagoniste du théâtre d’aujourd’hui : le perdant de talent.