Le malade imaginaire

Molière / Andrea Chiodi / Tindaro Granata / Lucia Lavia

Sala Teatro

Événement passé

21 janvier 2025

20:30

22 janvier 2025

20:30

Le malade imaginaire

Molière / Andrea Chiodi / Tindaro Granata / Lucia Lavia

Sala Teatro

Événement passé

21 janvier 2025

20:30

22 janvier 2025

20:30

Andrea Chiodi met en scène la dernière œuvre de Molière, Le Malade imaginaire, l’une des pièces les plus réussies et les plus autobiographiques du célèbre dramaturge français, avec Lucia Lavia et Tindaro Granata dans les rôles principaux, aux côtés d’une distribution d’excellents comédiens. Écrite en 1673, année du décès de son auteur, cette comédie – ou plutôt cette « comédie-ballet » – est une attaque contre les médecins, ce qui témoigne de la haine viscérale que Molière éprouvait à l’égard de cette profession.

« Molière – écrit Giovanni Macchia, l’un des spécialistes de la langue française les plus éminents du XXe siècle – est un scientifique des névroses ». C’est un homme malade, qui craint de mourir, mais qui sait aussi que rire et faire rire constituent une défense contre ce qui était autrefois ses propres maux : la jalousie, la douleur, l’angoisse, la mélancolie. Derrière ces comédies qui semblent faites d’un humour presque burlesque se cache donc l’ombre d’un autoportrait, un jeu – dit Macchia – « entre absence et présence ». 
Une œuvre onirique et irrévérencieuse, drôle et contemporaine, dans laquelle Andrea Chiodi s’appuie sur l’adaptation et la traduction d’Angela Demattè, sa compagne de travail et de vie, pour mettre en scène les péripéties familiales d’Argante, l’hypocondriaque, entouré de médecins incompétents et de pharmaciens rusés, bien heureux d’alimenter ses angoisses pour leur propre profit. À l’instar de l’avare Harpagon, Argante est victime de lui-même et marionnette de son entourage, prisonnier de sa propre peur, une obsession – l’hypocondrie – qui, dans cette nouvelle version du chef-d’œuvre de Molière, devient le véritable protagoniste.

« Mon exploration et ma curiosité pour ce texte – déclare Chiodi – partent de cette réplique de Molière : “Quand on la laisse faire, la nature se tire d’elle-même, petit à petit, du désordre dans lequel elle s’est fourrée. C’est notre inquiétude, c’est notre impatience qui gâchent tout, et les hommes meurent tous à cause des remèdes et non à cause des maladies ». Une vision qui fait un peu peur, mais qui, en même temps, m’intrigue énormément. »

« C’est moi le malade ! », s’écrie Argante à son frère Beraldo et à la servante Tonina. Je me suis demandé si ce n’était pas là le cri désespéré d’un auteur de théâtre qui, tout en écrivant, se sent mis à l’écart, ridiculisé par la société, démodé et, dans le cas de Molière, rejeté par la cour.
Avec cette pièce, j’ai cherché à mettre en scène ce cri désespéré, le cri d’un artiste, la demande de celui qui tente de faire comprendre à son interlocuteur son art, son théâtre, au point d’en mourir intérieurement, au point de décider d’être malade pour se protéger de la dureté de la réalité. Nous l’avons fait à partir du texte intégral et fidèle, en y ajoutant uniquement la supplique de Molière au Roi, à qui il demande : « Alors dites-moi sincèrement, mon souverain Seigneur, si vous voulez que j’écrive encore des comédies. Je ne veux déranger personne. Je préférerais mourir plutôt que de penser que le théâtre de Molière dégoûte au point de détester le simple fait d’en entendre parler ».

Le Malade imaginaire marque la fin d’une période difficile pour Molière : comme dans une course effrénée vers le désastre social, il épouse une femme qui pourrait être sa fille (et beaucoup pensent qu’elle l’est vraiment), écrit des pièces de plus en plus dérangeantes (subissant sans cesse les foudres des catégories qu’il prend pour cible : les hypocrites, les misanthropes, les avares…) et entre en conflit avec le musicien favori du roi, Gianbattista Lulli. C’est dans cet état d’esprit qu’il crée pour lui-même le personnage d’Argante, le malade imaginaire. Comme l’écrit Cesare Garboli : « La maladie d’Argan vient en aide au malade comme un sédatif. Elle répond à son besoin profond de ne pas exister, de s’endormir, de s’absenter, jusqu’à ce que toute sa vie soit aspirée par le néant. Si la vie est un mal, affirme Argan, on ne peut la vivre que si l’on est « malade », ou si l’on est irresponsable et aveugle. Argan défend un refuge innocent, son droit à l’enfance. »
Il me semble que l’autofiction dans laquelle nous, êtres humains, sommes tous tombés depuis quelque temps, cette tendance à nous représenter sans cesse, même dans nos maux les plus intimes, ressemble beaucoup à la maladie d’Argante/Molière.
Nous voulons nous montrer malades, nous sacrifier, mourir sur scène pour trouver désespérément quelqu’un qui s’occupe de nous, qui ait pitié de nous, voire qui se moque de nous ou qui nous déteste : nous recherchons n’importe quel regard parental qui nous permette d’exister. Le roi Louis/père est déjà en train de remplacer Molière par un nouveau musicien/fils, plus rusé, plus léger et plus à la mode et – paradoxe – portant son propre nom : Gianbattista. Molière ne sera plus le comédien du roi.
Celui d’Argante/Molière est un dernier effort désespéré. En mourant, Molière a dû nous dire quelque chose d’essentiel, de très proche de nous. On n’existe que si l’on est regardé. On meurt, parfois, pour exister. 

par

Molière

adaptation et traduction

Angela Dematté

mise en scène

Andrea Chiodi

avec

Tindaro Granata, Lucia Lavia 

et avec

Angelo Di Genio, Emanuele Arrigazzi, Alessia Spinelli, Nicola Ciaffoni, Emilia Tiburzi, Ottavia Sanfilippo

scènes

Guido Buganza

costumes

Ilaria Ariemme

lumières

Cesare Agoni

musique

Daniele D’Angelo

conseil aux mouvements

Marta Ciappina

production

Centre théâtral de Brescia

en coproduction avec

LAC Lugano Arte e Cultura, Viola Produzioni Rome